Dans son ouvrage incisif La Crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace (2018), le politologue Francis Dupuis-Déri pulvérise l’un des poncifs les plus persistants du débat public et démontre avec brio que l’idée même d’une «crise de la masculinité» relève de la supercherie rhétorique plutôt que de la réalité sociologique.
Loin de subir une quelconque dépossession existentielle, les hommes « ne sont pas en crise, ils font des crises », assène l’auteur, mettant en lumière la nature éminemment politique et stratégique de ce discours.
Loin d’être un constat neutre, la prétendue crise fonctionne comme une rengaine ancienne, un leitmotiv historique qui ressurgit périodiquement en Occident chaque fois que les femmes conquièrent de nouveaux espaces de liberté, d’autonomie ou de droits, perçues par les tenants de l’ordre patriarcal comme une menace intolérable à leur hégémonie.
En retraçant cette généalogie, Dupuis-Déri met à nu les objectifs inavoués de cette machinerie discursive : inverser cyniquement les rôles pour faire des sujets dominants les prétendues victimes du féminisme et de la « féminisation » de la société, tout en verrouillant le maintien des privilèges et des positions de pouvoir dans les sphères politiques, économiques et culturelles.
Cette rhétorique victimaire n’est pas seulement un repli identitaire stérile ; elle constitue une arme redoutable pour légitimer les réactions hostiles et les offensives antiféministes. Pour démonter cette architecture du mensonge, l’auteur confronte les arguments masculinistes aux faits et aux données chiffrées, déconstruisant un à un les mythes de la victimisation des pères devant les tribunaux, de l’échec scolaire des garçons ou d’une prétendue inversion des dominations.
Les faits sont implacables : les hommes continuent de s’accaparer l’ultra-majorité des leviers de décision et d’influence, rendant caduque toute plainte en victimisation systémique. Avec cette autopsie magistrale, Francis Dupuis-Déri offre un outil de résistance intellectuelle indispensable pour déjouer les pièges de la réaction contemporaine et restituer la réalité crue des rapports de domination.

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