L’idée selon laquelle le masculinisme serait une création de l’Internet nord-américain et de ses militances extrêmes est sans doute séduisante, mais elle est erronée. Le masculinisme est la réactivation brutale et atavique par l’extrême droite des ligues d’hommes européennes, le Männerbund.
Isabelle Kersimon
En appréhendant le masculinisme et la manosphère (mouvements Incel, MGTOW, influenceurs Alpha) à l’aune exclusive des architectures de la Silicon Valley, les observateurs confondent le vecteur et la substance, car la manosphère n’invente rien. La culture Web et ses infrastructures algorithmiques ont certes mondialisé et monétisé ses discours, mais le cœur conceptuel du masculinisme plonge ses racines dans une généalogie européenne oubliée dont l’épicentre est le concept du Männerbund, la ligue d’hommes. Selon moi, le masculinisme exige d’être pensé comme la réactivation brutale de structures psychologiques et politiques ancestrales, bien au-delà du phénomène massif de réaction à l’émancipation des femmes dans les sociétés contemporaines (backlash).
S’éclaire dès lors la passion symbolique des mouvances masculinistes, identitaires et nationalistes, pour Sparte, les Vikings et l’imaginaire chevaleresque : elle tient au moins autant à leur gynophobie viscérale qu’à leurs obsessions xénophobes.
Matrice anthropologique et projection misogyne
En 1902, lorsqu’il publie Altersklassen und Männerbünde (Classes d’âge et ligues masculines), l’ethnologue allemand Heinrich Schurtz braque ses projecteurs sur les sociétés pastorales d’Afrique orientale, notamment sur l’organisation des Massaï, chez qui il découvre ce qui va lui permettre de théoriser l’idée d’une supériorité civilisationnelle masculine. Il décrit comment les jeunes garçons, arrachés à la sphère maternelle lors d’un rite initiatique, intègrent une élite de guerriers, les Morans, pour vivre en autarcie dans des campements de brousse. Pour Schurtz, ce campement représente l’archétype de la « maison des hommes » (Männerhaus), un entre-soi masculin voué à l’apprentissage des armes et du pouvoir. Il pose cet affranchissement du foyer familial comme la condition sine qua non de toute organisation politique.
À partir de ce modèle, l’ethnologue forge cette dichotomie radicale qui irrigue le masculinisme. D’un côté, la femme se voit assignée à résidence dans une nature biologique dont la continuité naturelle est la domesticité. De l’autre, précisément parce qu’il est seul capable de s’extraire de la parentalité, l’homme est érigé en parangon de la liberté et en vecteur unique de la création artistique et de la solidité des États. En réalité, Schurtz ne fait que projeter sur ses terrains d’étude les angoisses de l’Allemagne wilhelmienne. Face à une bourgeoisie terrifiée par la supposée féminisation de la société fruit du confort urbain, du capitalisme industriel et des premières vagues d’émancipation, il offre à ses contemporains le mythe compensatoire de l’homme affranchi des contingences contaminantes qui relèvent du monde des femmes.
Aujourd’hui, lorsque les MGTOW (Men Going Their Own Way) prônent le séparatisme, le refus du mariage ou l’idée que l’homme doit fuir le piège de la parentalité pour préserver son génie créateur, ils réactivent, presque au mot près, la thèse de Schurtz sur l’atavisme mâle.
Les Wandervögel ou l’homosociabilité de la manopshère
Quelques années plus tard, s’appuyant sur les travaux ethnographiques d’Heinrich Schurtz, le théoricien Hans Blüher transpose le Männerbund est-africain dans les forêts allemandes, transformant une théorie anthropologique misogyne et viriliste en projet politique radical. Il publie coup sur coup La Famille et le Männerbund (1917) puis les volumes du Rôle de l’érotisme dans la société masculine (1917-1919), qui vont fasciner et scandaliser l’Allemagne de Weimar.
La thèse de Blüher prend à revers la morale bourgeoise et la psychiatrie de son temps, qui pathologisent l’homosexualité. Loin de constituer le pinacle de la civilisation, le mariage et la famille hétérosexuelle sont ravalés au rang de structures purement fonctionnelles, strictement inféodées à la reproduction biologique. Mobilisant l’idéal platonicien et le modèle spartiate, il affirme que le véritable moteur de la civilisation est l’Éros non reproductif ou homo-érotisme sublimé. À ses yeux, cet éros intellectuel entre pairs constitue l’unique matrice d’un lien social assez puissant pour transcender l’individu et le vouer au service suprême d’un État fort.
Cette philosophie s’incarne sur le terrain avec les Wandervögel (oiseaux de passage ou oiseaux migrateurs), un mouvement de jeunesse que Blüher chronique depuis 1912. Né à l’aube du XXe siècle en banlieue berlinoise, ce mouvement rassemble de jeunes garçons issus de la bourgeoisie, étouffés par le carcan de l’Allemagne wilhelmienne et rejetant le modèle de masculinité de leurs pères, des patriarches jugés rigides, militaristes et sexuellement hypocrites. Affublés de tenues de style « punk » (culottes courtes, foulards rouges et chapeaux extravagants, sur le modèle des étudiants médiévaux itinérants), ils organisent des bivouacs rustiques, autogérés et ritualisés. Le mouvement d’origine intégrait parfois des jeunes filles, mais Blüher fonde en 1913 le Jung Wandervögel, une branche strictement masculine où les femmes sont réduites au rang de spectatrices admiratives lors de rares événements festifs. Dans ce monde sans mères et théoriquement sans adultes, la seule autorité reconnue est celle du Führer, le guide charismatique choisi par ses pairs. Cette ségrégation sexuelle préfigure, de manière troublante, les espaces d’entre-soi que l’on retrouve aujourd’hui dans les sous-cultures numériques virilistes.
Les recherches de l’historienne allemande Claudia Bruns sur le Männerbund[1] permettent de décrypter cet aspect de la manosphère, qui affiche souvent une homophobie de façade, mais qui est structurellement habitée par le logiciel de Blüher : la seule opinion qui compte est celle des autres hommes ; la quête du statut de mâle Alpha est une recherche éperdue d’admiration au sein du groupe de pairs ; les femmes sont réduites à des objets d’échange ou des trophées pour valider un statut entre hommes, rejoignant le rôle de spectatrices qui leur était confié lors des rassemblements des Wandervögel.
Le masculinisme n’est donc pas une rébellion contre un prétendu déclin de la séduction hétérosexuelle, mais une tentative politique de réinstaurer l’autarcie affective, intellectuelle et sociale des hommes aux dépens du monde commun.
La militarisation de la meute
La Première Guerre mondiale brise le romantisme bucolique des Wandervögel. Les adolescents en culottes courtes et chapeaux extravagants sont broyés dans les tranchées et ceux qui en reviennent troquent la mandoline pour le fusil. Le retour à la vie civile est vécu comme une déchéance. La république naissante, le parlementarisme et l’émancipation inédite des femmes, qui ont investi le marché du travail pendant la guerre, sont ressentis comme une castration collective. Le modèle n’est plus le poète voyageur qui fuit la société bourgeoise, mais le lansquenet, le membre des Corps-francs, mercenaire brutal, dur à la douleur, dont le corps s’est transformé en machine de guerre. L’anti-modernisme initial est définitivement vampirisé par le nationalisme völkisch et l’antisémitisme biologique.
L’écrivain nationaliste Ernst Jünger, référence essentielle de l’extrême droite, exalte les Corps-francs – ces milices paramilitaires constituées au lendemain de la Grande Guerre par des vétérans démobilisés, ivres de ressentiment et farouchement hostiles à la jeune République de Weimar –, y saluant la matrice d’une nouvelle race de combattants forgés dans les orages d’acier de la guerre industrielle.
Cette mystique guerrière a été magistralement déconstruite, soixante ans plus tard, dans l’œuvre-somme du chercheur Klaus Theweleit dans Fantasmâlgories. Analysant la prose de ces vétérans – dont celle d’Ernst von Salomon et de Jünger lui-même –, Theweleit révèle la structure psychique de ce sujet masculin militarisé : un homme souvent issu des Wandervögel, dont le Moi s’est pétrifié en « armure » pour résister à la terreur de sa propre dissolution. Dans cet imaginaire fasciste, les femmes et les masses révolutionnaires ne sont jamais appréhendées comme des altérités politiques, mais comme un flux menaçant, une « boue » organique – cette même menace chaotique que les nazis veulent noyer dans le sang. La hantise viscérale de tout ce qui est liquide, mouvant ou horizontal, cette terreur de l’irruption des humeurs, des marges et des flux incontrôlables, forme le soubassement fantasmatique que le nazisme raccordera directement à la figure du Juif, érigé en agent corrosif suprême infiltrant les structures saines de la nation pour faire fondre de l’intérieur l’armure de la civilisation. Dès lors, le Männerbund devient une puissante machinerie orthopédique de fabrication du soldat, blindée contre toute forme d’empathie, de vulnérabilité, de contamination par le principe féminin honni.
Les Corps-francs feront office de laboratoire et de creuset humain pour les futures sections d’assaut nazies (SA) d’Ernst Röhm : ils leur transmettront des méthodes de guérilla urbaine et leur livreront une matrice idéologique et comportementale complète, où la violence homosociale est érigée en projet politique. En décapitant cette organisation durant la Nuit des Longs Couteaux en 1934, Hitler élimine une faction jugée politiquement instable et sexuellement transgressive pour réinstaller la famille traditionnelle comme cellule de base de l’État.
Hitler détruit le Männerbund « sauvage » et homosocial des SA, mais il n’abandonne pas l’idée de la ligue d’hommes. Au contraire, il la confie à Heinrich Himmler, qui a créé la SS (Schutzstaffel, « escadron de protection »), une aristocratie du sang et un nouvel ordre chevaleresque. Himmler instaure, dans le château de Wewelsburg[2], des rituels d’initiation mystiques qui scellent l’appartenance à la meute. La horde se mue en une élite raciale, totalement soustraite à la morale commune, qui promet une allégeance absolue au Führer. Selon Claudia Bruns, qui qualifie avec d’autres historiens la SA de Sippengemeinschaft (communauté de clan/de lignage), elle est un Männerbund d’un genre nouveau.
En Italie, Benito Mussolini s’appuie sur une autre déclinaison du Männerbund : les Arditi, dont le squadrisme des Chemises noires prolongera la brutalité des tranchées dans l’espace civil pour écraser les mouvements ouvriers et anéantir toute opposition. Le fascisme disloque l’espace public en transformant les hommes en « soldats politiques », en anéantissant la citoyenneté. Le débat et l’urne sont écrasés par la meute militarisée qui impose son règne à renfort de parades viriles et d’expéditions punitives, transformant l’Italie en une gigantesque « maison des hommes ».
C’est l’avènement de ce que la politologue Carole Pateman conceptualise, dans Le Contrat sexuel (1988), comme le « fratriarcat » : le pouvoir n’appartient plus au père tout-puissant de l’Ancien Régime, mais à un pacte fraternel noué entre les hommes, une alliance politique dont les femmes sont structurellement exclues.
La meute odinique contre la cité de Týr
Pour comprendre la profondeur de ce séisme mental, il faut remonter jusqu’à la préhistoire des populations de langue indo-européenne (du IVe au IIIe millénaire avant notre ère). La linguistique et la mythologie comparées ont théorisé l’existence d’une institution primitive : le kóryos.
Dans ce modèle reconstitué par les chercheurs, le kóryos désigne la confrérie originelle de jeunes guerriers célibataires, structurée comme une classe d’âge transitoire. Pour devenir des hommes accomplis et intégrer la communauté des sédentaires, les adolescents subissaient un rite de passage impliquant une rupture radicale. Ils étaient arrachés à leur famille, bannis de la cité et envoyés vivre plusieurs années dans la nature sauvage. Sans patrimoine, vivant exclusivement de rapines, ils s’identifiaient mystiquement aux loups et aux chiens, se couvrant de leurs peaux.
En 1938, traquant les survivances de cette institution archaïque, l’iranologue suédois Stig Wikander met au jour sa permanence au cœur de l’aire indo-européenne. Textes sacrés à l’appui, il prouve l’existence, dans l’Inde et l’Iran anciens, de confréries de jeunes guerriers extatiques vivant en marge du monde sédentaire : les Vrâtyas de l’Inde védique et les confréries d’hommes-loups (Mairya) de l’Iran antique. Sur ce socle archaïque, le philologue Georges Dumézil formalise en 1940 la force guerrière comme le deuxième pilier de sa théorie de la trifonctionnalité. Il met en lumière la dichotomie fondatrice entre le souverain légaliste (Týr ou Mitra, le dieu garant des lois et du contrat social) et le souverain terrible (Odin ou Varuna, le dieu borgne, violent, maître de la transe et du clan). Une généalogie que l’anthropologue Priscilla Kris Kershaw prolongera en 2000 dans The One-Eyed God: Odin and the (Indo-)Germanic Männerbünde en démontrant comment la figure d’Odin structure les confréries guerrières et comment celles-ci constituent la matrice de la mythologie indo-européenne.
C’est précisément cette matrice mythologique qui irrigue aujourd’hui la manosphère et l’ultradroite. En érigeant la figure du « loup solitaire » ou guerrier souverain en modèle absolu, le masculinisme s’inscrit dans un sillage purement odinique : celui d’un rejet viscéral des lois de la cité. Refusant de déléguer sa sécurité, sa subsistance et sa morale à l’État démocratique – qui relève, par essence, du domaine de Týr –, le militant s’extrait volontairement de la société civile pour vivre en marge, n’obéissant qu’à la discipline de fer de sa propre meute.
Cette filiation n’est pas seulement théorique. Elle s’inscrit dans la chair. Au sein des Active Clubs (réseaux d’ultradroite informels structurés autour des sports de combat) par exemple, la violence physique n’est pas un simple exutoire. Elle est cultivée comme l’instrument d’une transfiguration qui, en provoquant la fureur destructrice héritée d’Odin, le furor, arrache le combattant à sa condition humaine. En réactivant cette mystique nordique, les milices contemporaines rejouent l’expérience de la transe collective où l’individu dissout sa conscience dans la meute prédatrice. Elles réalisent le fantasme du guerrier qui s’arrache au carcan « efféminé » de la société moderne pour libérer sa fureur principielle.
Le blanchiment sémantique et la sécession païenne
Au lendemain de 1945, l’effondrement du IIIe Reich rend la terminologie raciale biologique et la mystique aryenne définitivement radioactives. Pour survivre, l’extrême droite européenne doit procéder à un blanchiment sémantique si elle veut réussir son pari de coloniser les esprits par la métapolitique. La figure fantasmée du Viking permet d’exalter le modèle d’une élite nordique, conquérante, dure au mal et farouchement imperméable au métissage.
Dès mars 1949, Jean Mabire s’impose comme le pionnier de cette stratégie de camouflage en fondant la revue Viking. Pendant qu’il poétise le drakkar pour un lectorat nostalgique, l’ancien Waffen-SS Jacques de Mahieu, exilé en Argentine, tente d’offrir au mythe une caution pseudo-scientifique. Dans Drakkars sur l’Amazone (1977), il affirme que l’Empire inca et les civilisations précolombiennes n’ont pu s’élever que grâce à l’arrivée secrète de contingents de guerriers vikings. Cette falsification historique sert un dessein précis : ancrer l’idée que le génie civilisationnel demeure le monopole du Männerbund nordique.
Le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne), fondé en 1968, s’organise lui-même comme un Männerbund. Ce club de pensée presque intégralement masculin, fonctionnant sur le modèle de la confrérie d’initiés, n’a d’autre objectif que de forger une élite intellectuelle – une meute pensante – coupée de la masse bourgeoise. La horde sauvage protohistorique y devient le calque idéalisé du groupuscule militant : une avant-garde cimentée par des rites (iconographie, langage, corpus de référence), destinée à remporter une guerre civilisationnelle pour restaurer l’ordre fratriarcal dans la sublimation métaphysique d’une nature inentamée.
C’est dans cette optique qu’Alain de Benoist, figure tutélaire du mouvement, manifeste une fascination constante pour l’œuvre de Georges Dumézil, dont il détourne les thèses à outrance. Il instrumentalise la thèse de la trifonctionnalité du philologue pour réhabiliter la figure du Guerrier (la deuxième fonction) en l’opposant radicalement au règne du Marchand et de l’Économie (la troisième fonction, assimilée à la mondialisation libérale, au matérialisme et, en creux, à la féminisation de la société occidentale).
Männerbund, paganisme et fureur sacrée : le stade ultime de la sécession
On le voit, le masculinisme contemporain – des Incels aux MGTOW en passant par les fraternités d’extrême droite et les camps de « reconquête virile » – n’a rien d’une génération spontanée du Web. Il réactive, trait pour trait, l’architecture du Männerbund. Exactement comme sous la République de Weimar, où la meute se vivait comme l’ultime rempart contre la décadence, la manosphère prétend sauver l’Occident d’une dévirilisation orchestrée par le féminisme et la modernité.
Aujourd’hui, les espaces numériques, des forums cryptés aux serveurs Discord, fonctionnent comme les nouvelles « maisons des hommes » de l’anthropologie tribale. L’accès y est strictement fermé aux femmes, perçues à la fois comme une souillure et une force corruptrice. Pour intégrer cette confrérie, l’individu doit vivre un basculement idéologique radical, équivalent au rite de passage des sociétés archaïques : c’est la métaphore de la redpill (pilule rouge). En avalant cette vérité révélée, l’initié s’arrache à la société civile et au monde commun pour rejoindre l’élite éveillée.
Si la manosphère ne produisait que des vagues de cyberharcèlement ciblant les féministes et les minorités, on pourrait naïvement croire qu’elle n’est qu’une pathologie circonscrite au Web. Or, le passage à l’acte terroriste (Elliot Rodger à Isla Vista en 2014, Alek Minassian à Toronto en 2018, Jake Davison à Plymouth en 2021) démontre que ces hommes incarnent littéralement la figure archaïque du guerrier-fauve. En s’arrogeant le droit de tuer dans l’espace public pour venger la meute, ils appliquent stricto sensu la logique de l’expédition punitive des Chemises noires. La violence – qu’elle prenne la forme du raid numérique ou de la tuerie de masse – n’y est jamais appréhendée comme un crime. Elle est vécue comme une ascèse, un sacrifice rituel et une catharsis purificatrice qui consacre l’appartenance au groupe.
Cette résurgence obsessionnelle des ligues d’hommes et de la mystique du kóryos, loin de relever du simple folklore païen ou d’une nostalgie inoffensive, s’inscrit dans cette stratégie métapolitique de longue haleine que l’historien Nicolas Lebourg a mise au jour : l’exploitation méthodique des imaginaires identitaires pour subvertir le politique par le mythe.
Et c’est ici que l’analyse du politologue Francis Dupuis-Déri prend toute sa dimension. Comme il l’a brillamment démontré, le discours sur la prétendue « crise de la masculinité » n’est qu’un mythe transhistorique, un épouvantail agité stratégiquement chaque fois que les femmes conquièrent de nouveaux droits. En se posant en victimes d’une société « féminisée », les masculinistes justifient un repli homosocial qu’ils présentent comme thérapeutique ou défensif. Or, l’argument de la crise n’est qu’un paravent rhétorique.
Cette sécession est la reconstitution méthodique d’une machine de guerre archaïque. Le masculinisme n’est pas l’expression d’une souffrance, c’est un projet politique de reconquête.
[1] Voir : Claudia Bruns, Politik des Eros: Der Männerbund in Wissenschaft, Politik und Jugendkultur (1880–1934) (2008). En identifiant Le Rôle de l’érotisme dans la société masculine de Hans Blüher comme l’argumentaire matriciel de la sécession de genre, l’historienne démontre que le masculinisme moderne n’a rien inventé de ses ressorts psychologiques profonds : il vit dans la tension permanente entre une homophobie déclarée et une fascination homosociale absolue.
[2] L’historien Stéphane François rappelle qu’Himmler a fait restaurer ce château westphalien pour le transformer en véritable « maison mère » de la SS, le structurant à la fois comme une école de cadres et un centre de recherche idéologique calqué sur les ordres de chevalerie du Moyen Âge.

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