Pourquoi Poutine est notre allié ?

Avec son essai au titre antiphrase choc Pourquoi Poutine est notre allié ? Anatomie d’une passion française, publié en 2016 chez Lemieux Éditeur, le professeur de relations internationales Olivier Schmitt livre une déconstruction froide et méthodique de la fascination qu’exerce le régime de Vladimir Poutine sur une partie des élites politiques, intellectuelles et militaires françaises, et une analyse précoce des angles morts de la politique étrangère hexagonale.

Écrit au lendemain de l’annexion de la Crimée et de l’intervention russe en Syrie, l’ouvrage explore le terrain de l’analyse culturelle et stratégique pour révéler les ressorts d’une complaisance transpartisane mortifère (un constat effectué la même année par Nicolas Hénin sur d’autres bases factuelles). Schmitt démontre que le poutinisme à la française ne relève pas d’une simple manipulation extérieure, mais qu’il s’enracine dans des représentations géopolitiques traditionnelles et des mythes politiques proprement français que Moscou sait instrumentaliser.

Il identifie, dans une typologie rigoureuse, trois grandes familles idéologiques séduites par le modèle autoritaire et inégalitaire du Kremlin, et démontre de manière implacable la manière dont ils convergent pour transformer la Russie de Poutine, hostile aux démocraties et militairement menaçante – comme l’ont prouvé les écrits et interventions des penseurs du Kremlin depuis lors –, en partenaire quasi ontologique incontournable :
– les souverainistes de droite et d’extrême droite, attirés par la défense des valeurs traditionnelles, le modèle de l’État fort et le rejet du multiculturalisme ;
– une partie de la gauche radicale, guidée par un anti-américanisme rabique et une vision nostalgique d’un monde multipolaire ;
– un courant dit «réaliste» ou «gaullo-mitterrandien» au sein des élites diplomatiques et militaires, qui postule la nécessité d’une alliance organique avec Moscou pour faire contrepoids à l’hégémonie de Washington.

Schmitt dévoile de quelle façon le Kremlin exploite ces vulnérabilités idéologiques pour fracturer le consensus occidental, affaiblir la cohésion de l’Union européenne et délégitimer l’OTAN. L’ouvrage met en lumière l’utilisation combinée des médias d’État (RT, Sputnik), du lobbying économique et des réseaux d’amitié parlementaires pour distiller des narratifs alternatifs visant à justifier la politique de puissance russe au Proche-Orient et dans l’espace post-soviétique.

Il rappelle ainsi que la vulnérabilité d’une démocratie face aux entreprises d’influence étrangères dépend d’abord de la fragilité de ses propres repères géopolitiques et intellectuels.

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